Pendant que tu passes

Samira Negrouche

V

Des vies passent devant toi
pendant que tu passes
des arbres
des souffles
un réseau magnétique
des fils hors réseau
des fulgurances
et des immondices
des dieux solaires et des obscurs
des habités et des inconscients
des pas encore criminels
et des à jamais inoffensifs
qui se croient impuissants
et qui baissent les yeux
devant le monde qui tache
et qui hurle

des rêves passent devant toi
qui ne savent pas
où commence l’illusion
où se termine le ciel
pendant que tu passes.



IV

j’ai habité un large sentier
sur lequel se penchent les ombres
le flanc souple et docile
à l’heure du coucher

j’ai habité une voie romaine
qui garde fiévreuse la sueur
de danseurs inconscients
les torses vêtus du soir

j’ai habité l’instant flexible
d’un temps qui ne se fixe pas
sur une ville en sursis
où la splendeur est la norme

j’ai habité de ne savoir
où demain s’arrête.



III

Je marche dans ton ombre
mais je ne pense pas tout le temps à toi
je ne marche pas tout le temps
sur les pavés de la renaissance
dans des temples bénis
ou des vergers millénaires

des ciels me trempent la face
mon amour
et ce n’est pas de penser à toi
ni à la petite âme qui tend la main
vers celle qui ne l’effleure pas
en attendant sagement
les roues qui voudront bien
l’effacer de ce désastre

il pleut sur moi des pensées errantes
qui semblent appartenir à d’autres
dont les ombres marchent sur moi.



II

Si tu savais le temps qui me traverse
Pendant que je traverse vers toi.



I

Tu ne sais pas qui passe.